Quelles ont été les principales actions menées par le mouvement depuis sa naissance ?
1. Créations spontanées de campements sur le
Carré de Moscou à Saint-Gilles et sur la
Place Sainte-Croix à Ixelles. D'autres campements ont également vu le jour à Uccle, Namur, Liège...
2. Organisations d'assemblées populaires quotidiennes au sein des campements et ailleurs.
3. Rassemblements et marches de protestation, dont les plus importants ont été ceux du :
- 11 juin, du Carré de Moscou à la place Flagey, triste théâtre de violences policières incontrôlées sur des citoyens pacifiques dont le crime fût de vouloir se réunir en assemblée populaire sur la place :
- 19 juin, de la Place Flagey au Parlement Européen, pour dénoncer le vote du paquet législatif dit "Euro Plus" et l'instauration d'une politique d'austérité générale sous contrôle des institutions européennes que sont le Conseil, la Commission, le Parlement, la Banque Centrale et le FME. En un mot un cadre législatif aux services des banques et de l'ultralibéralisation des marchés dans lequel les appareils politiques nationaux et par conséquent les citoyens n'auront plus la moindre possibilité de faire entendre leur voix et encore moins d'influer sur les décisions prises par la nouvelle "gouvernance Européenne", qui se veut supranationale et hégémonique, et ce, grâce à la succession des traités qui constituent aujourd'hui son ADN.
Assemblée populaire :
Le sang d'un citoyen pacifiste sur la visière aveuglante d'un système répressif et insensible, tout un symbole.
L'équation fatale :
Assemblée populaire dans le hall de la Gare du Luxembourg, au pied du Parlement Européen :
Excellent documentaire signé Démocratie Réelle Maintenant ! Belgium sur la mobilisation du 19 juin :
Un parlementaire européen pas comme les autres ?
- 22 juin, du rond-point Schuman (face à la Commission et au Conseil Européen) au Parlement Européen (Place du Luxembourg) pour les mêmes raisons. La décision de certains Indignés de passer la nuit sur l'esplanade du Parlement a rapidement été avortée et la soirée s'est clôturée par un déploiement de police, des violences policières mais aussi des violences générées par certains troubles-faits extérieurs au mouvement. Le fil des vidéos prises tout le long de cet après-midi et de cette soirée est accessible ici.
- 23 juin, tentative de se rendre au siège du journal Le Soir (rue Royale) pour dénoncer le manque d'informations et la désinformation des médias traditionnels. Cette dernière s'est soldée par une quarantaine d'arrestations préventives totalement arbitraires, suivies de traitements policiers inacceptables. Voici le rapport des faits publié par les administrateurs du groupe Facebook Démocratie Réelle Maintenant ! Belgium.
- 23 juin, organisation d'un assemblée populaire au Parlement Européen qui elle s'est vue dispersée par les réactions répressives et violentes de la police :
4. Mise en place d'outils de communication tels que sites internet, connexions et échanges d'informations avec les autres villes impliquées dans le mouvement, groupes et pages Facebook, blogs, hashtags Twitter, vidéothèques virtuelles, galeries photos, retransmissions streaming, comptes-rendus, procès-verbaux d'assemblée, organisations d'évènements ponctuels ou réguliers, analyses et critiques des dépêches de presse traitant du mouvement, publications d'articles d'opinion ou d'articles basés sur des faits dans les médias citoyens participatifs, montages de petits documentaires vidéo, d'interviews, de témoignages. Il est à noter que la quasi-totalité des informations circulent au sein du mouvement à travers la Toile. Pour ceux qui souhaitent approfondir la question des liens entre internet et la notion de démocratie, je vous invite à lire ce
buvard.
Quels sont à ce jour les résultats de ces actions ? En quoi ont-elles été utiles et/ou contreproductives ?
1. Les campements ont été soit levés, soit détruits, soit évacués par la police et les services communaux. Les raisons s'expliquent tantôt par des décisions personnelles des campeurs, tantôt par des plaintes de commerçants ou des décisions politiques. Ceux qui subsisteraient encore ne tarderont vraisemblablement pas à subir le même sort. A noter qu'il n'y a, semble-t'il, aucune volonté marquée de remonter un campement à Bruxelles. La quasi-totalité des acteurs que j'ai pu entendre ou lire à ce sujet déplorent la dépense d'énergie que représente une telle entreprise. Les ressources matérielles, sanitaires, juridiques et les effort humains qu'un campement nécessite ont eu raison de la motivation et de la capacité actuelle d'auto-gestion des Indignés bruxellois. En cela, l'expérience espagnole n'a pas trouvé son équivalant à Bruxelles, c'est un fait.
En revanche, je me dois de reconnaître et de souligner que l'expérience des campements a énormément apporté au mouvement. Son origine spontanée, son caractère d'universalité et de solidarité. Espace de rencontres et de partages, ils ont permis à une multitude de citoyens de se retrouver physiquement autour d'un projet commun et non des moindres puisqu'il s'agit comme vous le savez de repenser les fondements d'une nouvelle société, d'une réelle démocratie. En soi, l'épisode des campements est porteur d'un ressentiment profondément ancré dans notre société : c'est à nous, le peuple, qu'il revient de changer les choses. Si nous comptons sur nos représentants politiques, nous n'obtiendrons rien, les faits nous le rappellent sans cesse. La prise de conscience collective que les campements incarnent a été selon moi l'élément déclencheur de ce mouvement en Belgique. Le fait que des citoyens décident de physiquement se réapproprier l'espace public rend visible leur volonté de changement. D'autant plus visible qu'ils y ont développé une sorte de microcosme de démocratie. En cela, les campements auront été une révolution dans les mentalités de certains. Car en filigrane, c'est un autre monde qui paraît possible.
2. Les assemblées populaires sont indéniablement les actions les plus importantes et les plus révélatrices de ce qu'est le mouvement des Indignés bruxellois aujourd'hui. De plus en plus nombreuses et de plus en plus organisées, elles sont l'expression vivante de cette prise de conscience collective qui est l'essence même du mouvement. Si elles continuent à entretenir, développer et améliorer leur effectivité et leur efficacité, elles arriveront peut-être à assurer leur pérennité. Elles sont ouvertes à tous, chacun y a droit à la parole et à l'écoute. Si ces assemblées populaires ont eu besoin de la création de campements pour prendre forme, elles ont aujourd'hui leur propre sens et leur propre avenir. Nul doute que c'est en y participant, en en parlant, en les utilisant comme des leviers de collaboration, de travail et de communication qu'elles pourront fournir tout leur potentiel.
3. Si l'on traçait une courbe de l'évolution de la violence policière au fil des rassemblements, on pourrait constater de manière claire que celle-ci suit la courbe de l'évolution du mouvement citoyen des Indignés. Le fait est que la volonté grandissante de se faire entendre coïncide avec la volonté tout aussi grandissante de le faire taire. La question qui se pose me semble évidente : quel intérêt ont les Indignés à continuer dans cette voix ? Pensez-vous vraiment que la solution doit passer par une confrontation permanente et de fait improductive avec le système dénoncé ? En d'autres mots, que ressentez-vous le plus ? Le besoin de consacrer votre énergie à combattre votre adversaire ou celui de mettre en pratique cet idéal de société qui vous anime ? La grande majorité, je l'espère, pense que la réponse est à mi-chemin entre les deux propositions. Une intelligence collective est par définition relative, vu que chacun y contribue en cultivant son intelligence individuelle. La plupart des confrontations avec la police ont été le théâtre de coups de matraque, de violences physiques, d'usage de gaz lacrymogènes sur des citoyens pacifistes, d'arrestations musclées et arbitraires. Sans compter les articles lacunaires, récupérés, redirigés ou tout simplement produits par des imbéciles incompétents qui considèrent encore ce mouvement comme apolitique ou violent.
Vous aurez probablement compris où je veux en venir. Je suis aujourd'hui persuadé et intimement convaincu que la seule possibilité de permettre à ce mouvement de grandir et de s'épanouir réside dans sa capacité à appliquer ce qu'il défend, à montrer l'exemple et surtout, à se mettre au travail, sur le terrain, dans la rue et au sein de la collectivité mais aussi dans sa propre vie, dans son intime vérité, dans sa conscience. L'organisation de marches et de rassemblements citoyens est une nécessité que je ne remettrai jamais en question, mais je pense en revanche que s'atteler à en faire un moyen de passer un message est primordial. Le but d'une telle action, du moins dans les contextes qui sont les nôtres, ne réside pas dans la confrontation physique au système, qui à tous les coups aura des effets défavorables sur l'action du citoyen. Je pense qu'il est urgent de repenser l'organisation et l'encadrement de telles initiatives par les citoyens eux-mêmes, pour leur intérêt commun, que ce soit par la médiation, la création d'une commission ou d'un pôle évolutif qui pourrait assurer la sécurité de ces mobilisations protestataires, non seulement pour garantir l'intégrité des participants mais avant tout pour préserver l'intégrité de leur message commun. Prenons l'exemple du 22 juin, les Indignés se sont rendu au Parlement Européen pour faire entendre leur désaccord et dénoncer les effets pervers et l'application unilatérale du Pacte de l' Euro. Malheureusement, certains individus ont perturbé l'évènement et ont fourni ainsi le prétexte aux policiers d'intervenir violemment pour disperser la foule et faire tourner la mobilisation en une pathétique course-poursuite dans les rues d'Ixelles, à grand renfort de boucliers, de gaz lacrymogène et d'autopompe. Je pense qu'il est important de trouver des solutions pour éviter que ce genre de débordement ou d'intrusion ne se réitère. En Espagne, ils appliquent l'auto-gestion de leurs assemblées lors de leurs actions ciblées également. L'individu perturbateur est immédiatement identifié, photographié, canalisé et éjecté, afin d'à la fois réaffirmer la non-violence du mouvement mais aussi sa capacité à s'auto-gérer et à donner l'exemple. En un mot, il faut tout faire pour éviter la violence. Et si l'on prend la décision de s'y confronter par la voix pacifique, il faut tout mettre en oeuvre pour s'assurer qu'aucun débordement ne puisse la décrédibiliser aux yeux du reste de la population. Le pire ennemi se profile à l'intérieur du mouvement, il s'infiltre, sème la zizanie, agitateur, il n'est pas là pour porter les idées du mouvement. Qu'il soit de mèche avec les autorités ou aveuglément anti-système, il doit être l'objet d'une attention réfléchie et pro-active. Il y a de ce côté-là, du travail à faire. De nombreux ouvrages, manuels, techniques sont accessibles et circulent sur internet. Je ne peux qu'espérer que les intéressés sauront en faire bon usage.