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Par
Anne-Sophie Novel[1]
Anne-Sophie Novel interviendra au Forum
Changer d’Ère#2 le 5 juin
prochain à la Cité des Sciences & de l’Industrie.
C’est
en décembre 2009, lors des négociations sur le climat
qui se déroulaient à Copenhague, que j’ai eu le
déclic. Nous étions des centaines de blogueurs du
monde entier réunis au « Fresh Air Center » pour
couvrir à notre manière un sommet des Nations censé
faire sens dans l’histoire…
Tous
en prise avec ce « maintenant tenant en main le
monde »
Passant d’un centre de négociations
officiel de la ville à un lieu de contestation alter en
croisant tantôt Naomi Klein, Rajandra Pachauri (dans le
métro) ou des figures de proues de la société civile
mondialisée comme Avaaz ou les Yes Men, nous étions
portés par la sensation de vivre un moment historique.
Avec une conviction commune forte : l’urgence du
changement n’appelait que l’enthousiasme d’un engagement
massif et plus que symbolique de nos dirigeants.
Au lieu de cela, Obama nous offrait
une première grande déception. Nous n’avions même pas
l’ombre d’un symbole. Je me souviens de trois choses
alors : l’état de fatigue et de lassitude dans lequel
nous étions. La tête des ministres de Tuvalu. Et ces
pancartes incitant à « remplacer le partage du monde par
un monde de partage » qui me trottaient en tête depuis
la grand manif organisée dans la capitale danoise
quelques jours avant la fin des négociations.
D’un partage du monde à un
monde de partage…
Une fois rentrée en France, je
m’intéressais de plus près au sens de cette formule,
alors que chaque conférence ou colloque « durables » où
je me rendais depuis plusieurs années incitait à une
plus grande « coopération pour changer le monde » sans
jamais donner de recette pour y arriver.
Persuadée désormais que le changement
serait issu du local plus que du global, portée par le
« pouvoir d’agir » offert par le numérique et convaincue
du besoin de s’allier vite et bien pour assurer un
avenir vivable aux générations futures, mes recherches
me conduirent vers les notions de « radical
collaboration » promue par les Américains James W. Tamm
et Ronald J. Luyet vers la « co-opportunité » du
britannique John Grant et vers les questions de
coopétition, de consommation collaborative et de
co-création.
Suite au travail mené pendant deux ans
en Aquitaine, via le réseau des Entrepreneurs d’Avenir
que j’animais alors, nous avons approfondi la
possibilité de promouvoir une autre économie sur les
territoires. L’ensemble des lectures ou recherches
effectuées à cette époque m’ont alors aidé à comprendre
l’une des évolutions majeures de nos sociétés
actuelles : la CoRévolution.
En effet, portée par l’essor du
numérique, par un contexte de crise économique,
écologique et social, et par la capacité à
s’auto-organiser entre particuliers, nous nous dirigeons
dans une transition remplie d’inconnues et
d’opportunités qui nous incitent à changer de lunettes
pour mieux entrevoir la suite.
Ce qu’il faut jeter du
XXème siècle
A l’image de la « petite poucette »
chère à Michel Serres, nous sommes désormais tous en
prise avec ce « maintenant tenant en main le monde ».
Armés de doudous numériques, nous sommes en capacité
d’inventer de nouveaux modèles de consommation, de
production et de distribution. Le peer-to-peer sort des écrans
et entraîne avec lui des habitudes prises en quelques
années d’internet. Nous avons appris à prendre la
parole et à partager de l’information ? Nous allons
apprendre à échanger des biens, des services et des
compétences. Nous avons signé des pétitions et râlé sur
les forums ? Nous allons favoriser la coopération entre
ONG et entreprises, mais aussi co-créer avec elles de
nouveaux produits. Nous avons souffert de longues chaîne
d’approvisionnement alimentaires ou d’autres excès de
nos modes d’échanges commerciaux actuels ? Nous allons
raccourcir les périples, modifier les pratiques,
produire à la maison et/ou personnaliser nos
consommations. Dans nos organisations, nous ne serons
plus rappelés à l’ordre sur la manière dont nous devons
conduire notre travail, mais on facilitera nos travaux
en nous incitant à nous rappeler pourquoi nous les avons
entrepris...
Dans cette ère nouvelle où l’usage
prévaut sur la propriété, et où le renouveau des
pratiques de don, échanges, location ou revente
reviennent en force, la réussite passe par le capital
confiance et la réputation numérique, par les
communautés de partage de pratiques et d’intérêt, et par
le sentiment qu’il ne sert à rien d’attendre d’en haut –
ou presque.
Dans cette société en devenir, les
citoyens s’allient à des codeurs pour inventer des
applications qui répondent à leurs soucis quotidiens, à
l’image de ce que proposent des initiatives comme Fix my
Street ou Code for America, aux Etats-Unis. Ensemble,
ils redonnent un début de sens à la notion de démocratie
(numérique).
Dans cette économie en devenir, les
entrepreneurs sociaux co-créent de nouveaux modèles et
inventent des profits valeureux, à l’image de ce que
promeut Ashoka depuis plus de 25 ans déjà.
Dans cet environnement réinventé, les
logiques de circularité et de fonctionnalité sont au
cœur du système, avec le souci de préserver les
ressources, d’opérer à l’infini et de lutter enfin
contre l’obsolescence programmée en inventant des
modèles où l’usage et le service sont au cœur de
l’expérience proposées aux co(n)sommateurs. Des
entreprises comme Malongo, Dyson, Patagonia, Lea Nature
ou encore Eqosphere font partie de celles dont les
leaders ont d’ores et déjà tout compris.
Forcément, cette nouvelle ère ne
pourra plus s’apprécier et se valoriser de la même
manière. Le PIB et la croissance devront laisser de
l’espace à d’autres indicateurs, à de nouveaux critères
et - somme toute, à une humanité riche de ces faiblesses
et de son désir de préserver l’avenir.
Retrouvez
également Anne-Sophie Novel le 22 mai
prochain aux
côtés de Joël de Rosnay et de Véronique Anger-de
Friberg, invités des Rendez-Vous
du Futur pour une émission
spéciale « 2ème édition du Forum
Changer d’Ère ». À suivre en direct depuis les studios du Cube à
Issy-Les-Moulineaux ou en vidéostreaming sur internet
sur : www.rendezvousdufutur.com pour tout savoir
sur le Forum Changer d’Ère #2.
[1] Anne-Sophie
Novel, docteur en économie, a
été chercheuse au Groupe d’Economie Mondiale de
Sciences Po et à l’Institut Français des Relations
Internationales. Elle entre dans les questions de
développement durable en s’intéressant aux questions
de commerce et de développement et aux questions de
terrorisme international. Blogueuse depuis 2006,
elle fonde Ecoloinfo.com en
2007 afin de faciliter l’accès à l’information de
l’écologie et du développement durable. Ces outils
et ce blog collectif sont aujourd’hui une référence
dans le secteur du web et du développement durable.
Journaliste indépendante depuis 2010, elle contribue
à différents supports tels L’Express, Stratégie,
Rue89, Kaizen ou Le Nouveau Consommateur. En 2010,
elle publie Le Guide du locavore pour mieux consommer
local (chez Eyrolles) afin de
promouvoir un mode de consommation qui préserve
l’environnement, minimise l’impact du mode de vie
moderne, optimise la création d’activité sur les
territoires via le recours aux AMAP, marchés et
producteurs locaux. En 2009, elle commence à
s’intéresser aux processus collaboratifs et aux
mouvements de convergences qu’elle observe dans la
société : cela la pousse à écrire avec Stéphane Riot Vive La CoRévolution ! Pour une société
collaborative (Alternative,
mai 2012), le premier ouvrage en France à analyser
en détail l’émergence d’une société plus
collaborative. Un an plus tard, elle publie La Vie Share, mode d’emploi (Alternatives,
mai 2013), afin de promouvoir plus largement les
modes de vie collaboratifs auprès du grand public.
Elle a aussi participé à l’actualisation du livre
sur la vie de Pierre Rabhi, Le Chant de la Terre
(octobre 2012, La Table Ronde). Formatrice sur les
usages du web, la veille et les outils de réseaux
sociaux, Anne-Sophie Novel est souvent sollicitée
pour animer des tables rondes ou des communautés en
ligne.